Qu’est-ce que l’hypnose ?

C’est un phénomène naturel…

L’hypnose est un phénomène qui se produit naturellement chez chacun d’entre nous : quand nous sommes captivés par un film, par un match, par un débat, et que nous n’entendons plus ce qui se passe autour de nous ; quand nous conduisons sur l’autoroute et que la monotonie du trajet nous fait rater une sortie ; quand une maman raconte une belle histoire à son enfant qui pleure et que ce dernier s’arrête de pleurer ; quand le médecin demande à son jeune patient de lui parler de sa console vidéo et que celui-ci ne sent pas la piqûre qu’il lui fait…

 

Ce n’est pas un sommeil

Malgré l’étymologie du mot “hypnose”, qui vient du grec ʋπνος (qui signifie “sommeil”), l’état de transe hypnotique est loin d’être un sommeil. La personne hypnotisée ne se transforme pas en marmotte !

 

Ce n’est pas un moyen de domination

Catalepsie du corps

On ne saurait non plus assimiler l’hypnose à un moyen de domination où une personne prend avec autorité le contrôle d’une autre pour lui faire exécuter des ordres, comme on peut le voir sur nos écrans avec l’hypnose de spectacle ou l’hypnose dite “de rue”.

 

Ces manifestations ostentatoires, plus assimilables au somnambulisme et souvent obtenues par des techniques de manipulation, ont peu en commun avec l’état de transe induit dans la pratique de l’hypnose thérapeutique. En outre, il n’est nul besoin d’être psychologue pour déceler dans ces spectacles un narcissisme manifeste à la fois chez l’hypnotiseur, qui veut épater la galerie, et chez ses “cobayes”, qui se sont mis volontairement sous les feux de la rampe… Ce genre d’hypnose n’est pas éthique et peut s’avérer dangereux, surtout lorsqu’il est pratiqué par de simples amateurs – collégiens, par exemple, après avoir simplement visionné quelques vidéos sur Internet… Il convient donc de rester très vigilant dans ce domaine et de ne pas confondre ces pratiques avec l’hypnose thérapeutique.

« L’hypnose souffre encore de l’image véhiculée auprès du grand public d’hypnose-spectacle, source à la fois de fascination et de peur de perdre le contrôle de son corps et de son esprit. La réalité est pourtant tout autre puisqu’au cours d’une séance d’hypnose, les patients restent conscients et maîtres de la situation. Leur collaboration est même indispensable pour mener à bien le projet thérapeutique. » (cf. Dr Isabelle Stroebel in Le Quotidien du médecin, 8 novembre 2018)

 

Peut-on, en état d’hypnose, être forcé
de commettre des actes contraires à notre volonté ?

Avec l’hypnose de spectacle ou l’hypnose dite “de rue”, les personnes hypnotisées se sentent contraintes d’exécuter les ordres qui leur sont donnés, même les plus ridicules : “C’était plus fort que moi !”, témoignent-elles. Cependant, il est fort improbable qu’une personne puisse commettre en état d’hypnose un acte contraire à son éthique ou à sa morale personnelles (à moins qu’il ne s’agisse d’un désir plus ou moins refoulé). Si tel était le cas, elle sortirait spontanément de l’hypnose ou sombrerait pendant un certain temps dans une transe plus profonde encore qui l’empêcherait d’exécuter l’ordre donné.

 

L’hypnose pour accompagner les personnes en souffrance

Les pratiques qui présentent l’hypnose sous un jour seulement ludique, parfois grotesque ou même effrayant peuvent malheureusement dissuader d’éventuelles personnes souffrantes de consulter un praticien d’hypnose dûment formé à cette forme d’accompagnement – praticien qui, pour sa part, aura dû signer une charte éthique l’engageant à ne pas utiliser l’hypnose comme forme de distraction dans des spectacles publics ou ludiques.

Antoine Bioy (professeur de psychologie clinique et psychopathologie à l’université Paris 8 – Vincennes – Saint-Denis), le Dr Chantal Wood (praticien hospitalier), et Isabelle Célestin-Lhopiteau (psychologue clinicienne) définissent l’hypnose thérapeutique de la façon suivante :

“État de fonctionnement psychologique par lequel un sujet, en relation avec un praticien, expérimente un champ de conscience élargie.” (L’aide-mémoire de l’hypnose, Éditions Dunod, 2010, p.7)

Ce champ de conscience découle d’une dissociation psychique non pathologique qui permet à la personne de percevoir son univers de façon différente en étant à la fois auprès du praticien et “ailleurs”. On peut retrouver plus ou moins cet état dans des situations d’hyper-absorption de l’attention pour l’exécution d’une tâche, ou dans certaines formes de méditation.

C’est ainsi que l’utilisation de processus imaginatifs peut influer sur la façon dont une réalité va être perçue et vécue par la personne hypnotisée, et aboutir à un mieux-être, un soulagement de la douleur, et, dans le meilleur des cas, à une guérison…

 

Toute personne est-elle hypnotisable ?

L’engagement imaginatif étant un élément fondamental de l’expérience hypnotique – que je qualifierais d’“imagination active” -, il est vrai que les enfants, qui aiment les histoires et les jeux et basculent plus facilement dans l’imaginaire, apparaissent comme les personnes les plus facilement hypnotisables.

Les patients adultes qui ont recours à l’hypnose sont, la plupart du temps, très motivés puisqu’ils ont souvent “tout essayé” avant de se lancer dans cette forme de thérapie. De plus, si l’on considère que l’effet thérapeutique n’est pas forcément proportionnel à la profondeur de la transe, toute personne, même dans un léger état d’hypnose, peut généralement tirer de grands bienfaits de ses séances, et même pratiquer ensuite l’auto-hypnose si le praticien l’y invite.

 

La transe hypnotique

Stephen Gilligan, psychothérapeute américain et docteur en psychologie, qui a rencontré, à l’âge de 19 ans, le Dr Milton H. Erickson,  écrit : “Je suis continuellement émerveillé de voir comment la transe aide les gens à réaliser leurs rêves, à soigner leurs blessures, à transformer leurs problèmes, et à vivre ce vers quoi ils sont appelés.  Je ne parle pas de transe artificielle, ni de transe dans laquelle une personne manipule une autre personne. Je parle d’un état naturel qui permet de prendre du recul par rapport au rôle déterminé que nous devons jouer,  et d’ouvrir un espace créatif conduisant à l’émergence d’une réalité nouvelle. […] Il n’est pas question de s’endormir mais plutôt de s’éveiller vers un type de conscience créatrice plus profonde.”  (L’hypnose générative, InterÉditions, 2015, pp. vi-vii)

 

Quelles pathologies la pratique de l’hypnose peut-elle accompagner ?

Chez l’adulte comme chez l’enfant, l’hypnose peut être utilisée dans les cas de psycho-traumatismes (accident, violence, agression, etc.), dans la plupart des troubles psychopathologiques (troubles anxieux, troubles phobiques, TOC, troubles de la dépendance, dépression), des troubles psychosomatiques, des troubles du sommeil, des problèmes dermatologiques, sexuels, des douleurs chroniques, pour préparer une personne à une opération chirurgicale, etc. Elle peut être utilisée chez le dentiste ou à l’hôpital dans un contexte chirurgical (analgésie, anesthésie), et aussi avec des personnes qui ont une mauvaise estime d’elles-mêmes ou souhaitent améliorer des performances (coaching scolaire, sportif, professionnel, etc.)

 

Combien de séances ?

Certaines personnes s’imaginent que l’hypnose va les plonger dans l’inconscience et que, par magie ou par miracle, le praticien va les délivrer de leurs maux en une ou deux séances.

D’abord il est essentiel de comprendre que ce n’est pas le praticien qui fait le gros du travail mais la personne qui le consulte. Tout dépend ensuite de la pathologie qui l’amène à consulter et du degré de collaboration de son esprit inconscient.

Si un mieux-être peut se produire en une, deux ou trois séances et si la personne en est satisfaite, tant mieux ! Je ne suis pas un adepte des prolongations. S’il s’agit, en revanche, d’une pathologie lourde dont une personne souffre depuis longtemps, un plus grand nombre de séances s’avérera, bien sûr, nécessaire.

 

Le Dr Milton H. Erickson (1901-1980)
L’hypnose éricksonienne

C’est le Dr Milton Hyland Erickson qui a donné à l’hypnose thérapeutique moderne ses lettres de noblesse. Dans la préface de l’ouvage de sa fille Betty Alice, Le Dr Milton H. Erickson, médecin et guérisseur américain, Elizabeth Moore-Erickson, l’épouse du célèbre psychiatre explique :

 

Le Dr Milton H. Erickson

“Il a révolutionné la psychothérapie en lui apportant une quantité de perspectives nouvelles et différentes qui, depuis, sont devenues des concepts fondamentaux tant pour les professionnels de la santé mentale ou de la médecine que pour les profanes. À l’époque où débutait sa carrière, son idée que l’inconscient est une partie bienveillante et utile de la personne était révolutionnaire. Aujourd’hui, la plupart des gens reconnaissent ce concept sans le mettre en doute et sans même savoir que Milton fut pratiquement le premier à y croire et à l’enseigner. […] Je pense que l’idée selon laquelle les gens ont en eux la capacité de guérir leur propre douleur et de résoudre leurs propres problèmes par des moyens qu’ils n’ont pas besoin de comprendre sur le plan cognitif représente l’une de ses contributions majeures. […] Milton aimait énormément la vie. […] Il travailla très dur pour que les séquelles de sa paralysie due à la polio soient un inconvénient plutôt qu’un handicap. Bien qu’il ait marché avec une canne durant toute sa vie d’adulte, il pouvait se mesurer à n’importe qui ! […] Milton était très fier de ses réalisations professionnelles. Il contribua à faire de l’hypnose un outil respecté dans les spécialités de la médecine, de la dentisterie et de la thérapie, et vécut assez longtemps pour la voir largement acceptée et enseignée dans les écoles de médecine sur tout le territoire des États-Unis.” (Éditions Satas, 2008, pp. 6-13)

 

Contrairement à ce que pensent beaucoup, le Dr Erickson ne souhaitait pas être modélisé ni imité ni voir sa pratique réduite à de simples protocoles. Il conseillait à chaque thérapeute de rester lui-même et de laisser le patient faire sa propre thérapie : Le thérapeute fournit seulement le contexte. C’est au patient de faire le travail… Chaque fois que vous forcez les patients à faire des choses selon votre façon de voir, en fin de compte, vous êtes perdant.”  (Conseils du Dr Milton H. Erickson concernant la pratique de l’hypnose)

 

 

 

 

Pour plus de précisions sur l’hypnose thérapeutique, je conseillerai l’interview du Dr Claude Virot (Institut Emergences, Rennes, 2014), et celle du Dr Thierry Servillat (Institut Milton Erickson de Rezé, 2014), ou la vidéo d’une séance de thérapie par le Dr Erickson.

 

Ouvrages conseillés

– Bertrand Piccard, Changer d’altitude, éd. Stock, 2014.

– Dr Dominique Megglé, Erickson, hypnose et psychothérapie, éd. Retz, 2005.

– Dr Elise Lelarge, Prendre soin de soi par l’autohypnose, éd. Dunod, 2017.

– Dr Thierry Servillat, Découvrir l’autohypnose, InterEditions, 2017.

– Virginie Tyou, Voyage en mer intérieure – Une guérison par l’hypnose, Ker Éditions, 2016.

– Fabrice Midal, Foutez-vous la paix et commencez à vivre, éd. Flammarion, 2017.

– Fabrice Midal, Sauvez votre peau ! Devenez narcissique, éd. Flammarion, 2018.

– Jean Monbourquette, Apprivoiser son ombre, le côté mal aimé de soi, éd. Bayard, 1997.

– Jean Monbourquette,  De l’estime de soi à l’estime du Soi, éd. Bayard, 2003.

– Betty Alice Erickson, Bradford Keeney, Le Dr Milton H. Erickson, médecin et guérisseur américain, Satas, 2008.